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Le « trouble de l’attention à autrui » est une expression employée par le psychiatre Christophe André pour désigner un phénomène de plus en plus visible dans nos sociétés hyperconnectées. Il décrit une difficulté croissante à être réellement présent à l’autre, happés que nous sommes par nos écrans et leurs sollicitations permanentes.

Médecin psychiatre et auteur de nombreux ouvrages — parmi lesquels S’estimer et s’oublier (Odile Jacob, 2024) ou La Vie intérieure (L’Iconoclaste, coll. « Proche », 2025) — Christophe André observe depuis des années nos comportements ordinaires. Avec une attention particulière portée aux détails du quotidien, il interroge ce que nous avons fini par ne plus questionner, tant certaines habitudes se sont installées silencieusement.

Des scènes devenues banales

Il suffit de regarder autour de soi. Dans la rue, un passant marche les yeux rivés sur son téléphone et percute quelqu’un sans même l’avoir vu venir. Dans les transports, dans les cafés, aux terrasses ou à table, les écrans captent l’attention, même lorsque l’on est accompagné. Parfois, ce sont des parents ou des personnes chargées de garder des enfants qui regardent davantage leur téléphone que le visage de l’enfant dans la poussette.

Ces situations, autrefois exceptionnelles, sont désormais monnaie courante. À pied, elles prêtent parfois à sourire. Mais à vélo ou en voiture, elles deviennent plus inquiétantes. Peu à peu, une forme de déconnexion au réel s’installe.

Fuir le réel, même quand il dérange

Ce détournement de l’attention ne concerne pas seulement les moments creux ou l’ennui. Il s’invite aussi dans les situations émotionnellement inconfortables. Après un désaccord, un silence, une tension, le réflexe de plonger dans son téléphone permet d’échapper à la réflexion, au malaise, voire à la remise en question.

Les écrans offrent alors une échappatoire immédiate : ils nous distraient non seulement de ce qui est beau, mais aussi de ce qui est difficile. Or, réfléchir, ressentir, traverser l’inconfort fait aussi partie de l’expérience humaine.

Trois troubles pour un même mal

Christophe André propose de nommer ce phénomène TAA : trouble de l’attention à autrui. Un trouble qui s’accompagne souvent de deux autres formes d’inattention :

TAS (trouble de l’attention à soi) : absorbés par les écrans, nous oublions notre corps, respirons moins bien, clignons moins des yeux.

TAM (trouble de l’attention au monde) : l’écran réduit notre perception de la richesse, de la beauté et de la complexité du monde qui nous entoure.

Ces troubles ne relèvent pas d’une pathologie au sens médical, mais d’un déséquilibre progressif de notre rapport à l’attention.

Un remède simple, accessible à tous

Face à ce constat, le psychiatre ne prône ni culpabilité ni rejet radical des technologies. Le remède est simple, peu coûteux, et surtout praticable :

  • Quand on attend quelque part, lever la tête, respirer, observer pendant quelques minutes.
  • Quand on marche, marcher pleinement ; quand on consulte son téléphone, s’arrêter.
  • Quand on est avec quelqu’un et que le silence s’installe, chercher à rester présent plutôt que de se réfugier derrière un écran.

Une invitation à expérimenter, ne serait-ce qu’une semaine, pour renouer avec une attention plus juste — à soi, aux autres et au monde.

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