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Dormir avec papa ou maman est une habitude fréquente dans de nombreuses familles. Certains enfants rejoignent occasionnellement le lit parental après un cauchemar, tandis que d’autres dorment régulièrement avec leurs parents pendant plusieurs années. Mais cette proximité nocturne peut-elle réellement empêcher un enfant de devenir autonome et créer une forme de dépendance à l’âge adulte ?

Contrairement à certaines affirmations très répandues sur les réseaux sociaux, la psychologie ne permet pas d’établir une relation aussi directe.

Dormir avec ses parents ne suffit pas à prédire la personnalité adulte

L’autonomie émotionnelle d’un adulte se construit à partir d’un très grand nombre de facteurs : tempérament, qualité des relations familiales, expériences durant l’enfance, environnement social, manière dont les parents répondent aux émotions ou encore possibilités laissées progressivement à l’enfant pour devenir autonome. 

Le simple fait d’avoir partagé le lit de ses parents pendant l’enfance ne permet donc pas de prédire qu’une personne deviendra dépendante.

Une étude longitudinale ayant suivi des enfants jusqu’à 18 ans n’a ainsi retrouvé aucune association entre le partage du lit pendant l’enfance et des difficultés psychologiques particulières à l’adolescence. (PubMed)

Une importante étude récente apporte également un éclairage intéressant

En 2024, des chercheurs ont étudié les données de 16 599 enfants issus de la Millennium Cohort Study britannique. Ils ont comparé les enfants qui partageaient le lit parental à l’âge de 9 mois avec leur évolution émotionnelle et comportementale entre 3 et 11 ans.

Résultat : les chercheurs n’ont observé aucune association entre le partage du lit à 9 mois et le développement ultérieur de problèmes émotionnels ou comportementaux. (PubMed)

D’autres recherches menées auprès de jeunes enfants arrivent à des conclusions similaires. Une étude portant sur 944 familles avait initialement observé davantage de difficultés chez certains enfants partageant le lit parental. Mais une fois pris en compte d’autres facteurs familiaux et individuels, cette association disparaissait. (PubMed)

Pourquoi certaines études trouvent-elles malgré tout un lien ?

Toutes les recherches ne donnent pas exactement les mêmes résultats. Une étude portant sur des enfants chinois âgés de 3 à 5 ans a par exemple trouvé une association entre le sommeil partagé et davantage de difficultés comportementales plusieurs années plus tard. (PubMed)

Mais une association ne signifie pas nécessairement que dormir avec les parents est la cause du problème. Un enfant anxieux, qui fait souvent des cauchemars ou qui rencontre déjà des difficultés émotionnelles peut justement être davantage susceptible de rechercher le lit parental. Dans ce cas, le sommeil partagé peut être une conséquence d’une difficulté préexistante plutôt que son origine.

Des travaux sur le « partage réactif du lit » montrent d’ailleurs que cette pratique peut être associée simultanément à l’anxiété de séparation et à certains troubles du sommeil. (PubMed)

Ce qui compte davantage : la façon dont l’autonomie se construit

Un enfant peut dormir occasionnellement avec ses parents tout en étant parfaitement autonome dans d’autres domaines. À l’inverse, un enfant qui dort seul peut être très dépendant de ses parents dans sa vie quotidienne.

L’essentiel est donc moins de savoir où l’enfant dort que d’observer progressivement s’il apprend à faire certaines choses seul, à tolérer de petites séparations, à exprimer ses émotions et à développer une confiance adaptée à son âge.

Si l’enfant refuse systématiquement de dormir seul, manifeste une peur intense de la séparation ou si cette situation perturbe durablement son sommeil et celui de toute la famille, il peut être utile d’en parler avec un pédiatre ou un professionnel de l’enfance.

Une précision importante pour les bébés

Pour les nourrissons, la question est différente car elle concerne également la sécurité physique pendant le sommeil.

L’Académie américaine de pédiatrie recommande que le bébé dorme dans la chambre de ses parents pendant au moins les six premiers mois, mais sur une surface de sommeil séparée, comme un berceau adapté. Le partage du même lit avec un nourrisson peut augmenter le risque de suffocation et de décès lié au sommeil, particulièrement dans certaines circonstances. (American Academy of Pediatrics)

Alors, dormir avec ses parents rend-il dépendant ?

À ce jour, il n’existe pas de preuve solide permettant d’affirmer que les enfants qui dorment avec leurs parents deviennent nécessairement des adultes plus dépendants. La réalité est beaucoup plus complexe. La sécurité affective et l’autonomie se construisent progressivement au fil de milliers d’interactions quotidiennes, et non à partir d’une seule habitude familiale. Le véritable enjeu consiste surtout à accompagner l’enfant vers davantage d’autonomie à son rythme, tout en restant attentif lorsqu’une peur de la séparation devient excessive ou durable.

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